"Lady In The Water", réalisé par M. Night Shyamalan
Le nouveau
Shyamalan est arrivé, dans tous les sens du terme. Deux ans après son controversé
Village, voici donc le non moins controversé (plus en fait)
Lady in the Water, littéralement descendu par la critique, et en partie boudé par le public américain. Un contexte, qui m’a quelque peu pousser à craindre le pire, pour un réalisateur que je considère parmi les plus (le plus?) talentueux de sa génération, aussi bien au niveau de la narration que d’un point de vue purement technique.
Quelques petites heures après son visionnage, me voilà totalement rassuré.
Night signe ici son film le plus personnel, interprétable, comme souvent, à plusieurs niveaux.
La premier degré de lecture est celui du simple conte fantastique, à travers un scénario écrit pour ses deux filles, comme il le précise à la fin du générique. Une histoire merveilleuse, au sens littéraire du terme, qui perdra peut-être en chemin quelques spectateurs par son côté invraisemblable et proche de la rêverie (n’oublions pas qu’il s’agit d’un conte), bien que les bases soient ancrées dans la réalité.
C’est d’ailleurs ce dernier point qui offre le second niveau de lecture. On retrouve ici les thèmes chers au réal, à savoir la foi, trouver un sens à sa vie, la peur.
Night cherche à nous faire réfléchir sur notre place dans la société.
Mais
Lady in The Water est surtout un film très autobiographique, voire autocritique et même autoparodique.
Shyamalan nous explique ici pourquoi et comment il fait du cinéma. Ainsi le personnage du critique, outre sa vocation évidente à une certaine vengeance et moquerie, est aussi une réflexion sur ses propres scénarios, toujours si attendus depuis le fameux twist de
Sixième Sens, et sa manière d’écrire.
Comme d’habitude, chaque plan est étudié et millimétré. On ressent peut-être moins de virtuosité que dans Incassable par exemple, mais quelques images tout bonnement magnifiques sont distillées tout le long du film, à commencer par un tout dernier plan magistral. Côté acteurs,
Paul Giamatti est juste parfait, émouvant et drôle à la fois. La plupart des seconds rôles ne sont pas en reste, le seul critiquable pour son jeu étant peut-être
Shyamalan lui-même. L’humour et l’absurde tiennent également une part plus importante qu’à l’accoutumée (bien que
Signes possédait déjà son lot de scènes comiques), faisant basculer un peu plus encore le film dans l’irréel. Et comment ne pas toucher un mot de la bande originale de
James Newton Howard, superbe comme à chacune de leur collaboration.
Bref, un très beau film à voir (et à revoir pour bien en saisir toutes les subtilités), pour peu que l’on veuille bien croire au fondement de l’histoire comme tous les personnages du film y croient, et qui risque de marquer un tournant dans la carrière du réalisateur.
Note : 4,25 / 5